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jeudi 31 mars 2016

Une démocratie qui fait mal

La démocratie israélienne se veut exemplaire. Cette ambition lui cause bien du tort.
J’y pense à chaque fois que le pays est ébranlé par un scandale, qui n’aurait aucun impact dans une démocratie plus mature comme la nôtre, en France.
La semaine dernière, un soldat a abattu un terroriste parce qu’il avait peur qu’à part un couteau, il puisse porter également une ceinture d’explosifs.
Les condamnations ont été assourdissantes : « Dans un pays avec une armée aussi morale que Tsahal, on se doit d’être exemplaire » criaient les premières voix, « faute grave » scandaient les seconds et ainsi de suite…
Parce qu’il faut être exemplaire, le soldat est emprisonné jusqu’à la fin de l’enquête.
C’est à ce moment-là justement que la presse internationale s’empare du sujet pour en faire un titre !
Pourquoi la presse en parle-t-elle ?
Parce qu’en France et dans le monde « normal », quand une personne est en prison, c’est que c’est très grave. Vous comprenez la logique ? S’il est en prison c’est que c’est forcement sérieux, et donc forcément que le soldat est coupable… Pourquoi un soldat qui fait son travail serait-il en prison pour avoir éliminé un terroriste ?
Peut-être que le terroriste n’était pas si dangereux que ça et que le soldat cherchait sans doute à assouvir une soif de sang ?! Le monde à l’envers...
Mon avis sur ce type d’incident ?
Un terroriste ne vous donne pas le choix, soit il est mort, soit vous êtes mort. Nous en Europe, savons très bien qu’on ne négocie pas avec les terroristes et c’est notre ligne d’action. Si une personne s’amuse à brandir un couteau devant un policier, il a très peu de chance de se retrouver devant un juge. Nous le savons pertinemment et notre actualité en témoigne chaque jour. Et ceci sans état d’âme.
Le gouvernement israélien veut tellement se montrer irréprochable qu’il s’attire tout seul la critique, alors qu’un « circulez y’a rien à voir ! » bien envoyé serait tellement plus juste !!

Prenez l’exemple d’association type « Betzelem » ou « Shovrim Shtika » qui agissent véritablement de façon à nuire le fonctionnement de l’armée, pensez-vous qu’un pays comme la France aurait toléré une telle intrusion ? Pensez-vous qu’une association de ce type se permettrait en France de faire des enquêtes sur l’action de sa propre armée au Mali, en Syrie ou tout autre zone d’intervention ? Elle serait interdite avant même de commencer !
En France, nous avons une institution qui permet de mener des enquêtes par des travaux parlementaires ou par le pouvoir exécutif lui-même.
Mais Israël est un pays de liberté absolu, et l’existence même d’une telle association symbolise tout l’éclat de son modèle démocratique, qui tranche tant avec les régimes dictatoriaux et totalitaristes de ses voisins.
Or le monde occidental s’appuie sur ce genres d’informations pour accuser et desservir  Israël, qui du coup, aurait tellement à se reprocher. Nos médias prennent très au sérieux les conclusions de ces associations sans tenir compte de leur dimension militante et qui manipulent dangereusement les images pour affaiblir Israël.

En France, avons-nous déjà eu un Président de la République qui a été incarcéré ? Peu importe les faits ? Non. Jamais. Même quand la justice avait suffisamment d’éléments pour le faire, elle a su faire trainer les choses et les procédures pour arriver à une condamnation qui ne faisait pas plus qu’un « Pshhhhhhhhit » dans le brouhaha des médias. Oui le peuple savait, mais le peuple ne veut pas voir son Président en prison. Est-ce que notre démocratie s’en est retrouvée diminuée ? Est-ce que nous sommes moins un État de Droit que nos voisins pour cette raison ? Certainement pas, c’est juste que nous gardons à l’esprit que si nous sommes tous égaux devant la justice, la justice connaît notre taille. Et voir un Président de la République sous les barreaux n’est jubilatoire pour aucun citoyen.
Israël se permet de mettre en prison l’un de ses Présidents pour des faits qui, franchement, sont certainement graves.  Mais en les comparant sur l’échelle des irrégularités des dirigeants internationaux, cela reste somme toute dans « la moyenne » ! Pourtant, Israël s’est payé un luxe que bien d’autres chercheraient à tout prix à éviter.
En Israël, on invoque : « Vous voyez, Israël est un pays magnifique avec un système de justice qui ne laisse rien passer, même aux plus grands, nous sommes fiers de la vitalité de cette démocratie ».
Ici, en France, on pense la chose différemment, avec une autre logique : « Si chez nous, nous n’avons jamais mis un Président en prison alors que… C’est qu’en Israël l’ancien Président doit vraiment être une crapule sans nom pour se retrouver dans cet état ».
La glorification d’une valeur dans un endroit n’est pas toujours perçue ailleurs de la même façon.

Je pense que là réside le fossé des mentalités.

Il est temps qu’Israël devienne une démocratie mature qui connaît les limites de ses pratiques et qui n’a pas la main qui tremble quand il s’agit de faire le nécessaire pour se défendre, défendre son armée et défendre ses citoyens. C’est à son courage qu’on estimera sa grandeur et non à l’éloquence de ses excuses ou de ses combats pour des valeurs, qui bien souvent, se retournent contre elle.

mardi 23 septembre 2014

La  nostalgie  du  pays

Mon meilleur ami russe me raconta l’anecdote suivante.

Oleg et Michael se promenaient sur Brighton Beach – une plage située au Sud de Brooklyn, fréquentée par beaucoup de Juifs russes.
Quand soudain Michael dit à Oleg : « Qu’est- ce qu’on était bien en Russie, je me souviens encore des grandes avenues de Moscou, son théâtre le Bolchoï etc. Oui je sais, tout n’était pas parfait, ici à New York la vie est différente, voir même meilleure, mais tout de même je suis nostalgique de la Russie. Et toi Oleg tu ne dis rien ? Tu n’es pas nostalgique du pays qui t’a fait grandir ? »
Et Oleg de répondre à Michael : « Non, je ne suis pas nostalgique, je ne suis pas juif ! »


Cette anecdote ne quitte pas mon esprit depuis que j’ai lu l’éditorialiste de l’Express Christophe Barbier sur « Les juifs ont-ils raison d’avoir peur ? ».

Ma première réaction n’était certainement pas de répondre par oui ou non, mais bien de me demander pour qui se monsieur se prend ? Il se permet d’affirmer que nous – je me sens forcément inclus – avons peur et par conséquent, ose s’interroger si nous avons raison...
L’outrecuidance de juger de nos motivations est en soi une insolence. Car, premièrement, on peut considérer que notre expérience de l’histoire démontre que nous avons bien souvent raison avant les autres, quand il s’agit de sentir les dangers géopolitiques, et nos prophéties s’avèrent généralement plus pertinentes que les analyses d’une presse qui n’a d’autre vocation que celle de vendre du papier sur notre dos.

Mais là n’est pas vraiment le sujet...

Puis, ce que M. Barbier n’a pas compris, mais qui est ressenti comme une évidence pour beaucoup de Juifs, c’est que « la peur » n’est pas un sentiment qui habite notre peuple. Le peuple juif n’a pas peur, parce que, depuis la nuit des temps, nous vivons avec la promesse de la Torah : « Ne crains rien car l’Eternel ton D.ieu te protège ». Notre confiance en D.ieu est bien plus forte que la peur !
Vous allez me dire, mais si nous n’avons pas peur, quel est donc le problème des Juifs de France et globalement d’Europe ?


La réponse est plus subtile...

Les Juifs souffrent de nostalgie !

La nostalgie est un sentiment de tristesse causé par le désir de revivre un souvenir passé.
Les Juifs sont de grands démocrates, ils aiment la liberté, ils s’impliquent pour vivre en société, ils donnent leur avis sur tout, ils pensent, ils créent, ils se passionnent à imaginer le futur, ils savent appréhender les difficultés, ils ont du courage, ils n’ont pas peur de prendre des risques, ils éduquent leurs enfants avec le sens de l’effort et de la construction d’un avenir.

Cela ne veut pas dire qu’ils réussissent à chaque fois, mais il est évident que pour le peuple juif, le développement d’une société florissante et de son destin est une préoccupation majeure.

Or, les Juifs prennent conscience aujourd’hui d’une situation qui les rend nostalgiques. Le rêve français – s’il a un jour existé – est à ce jour bien endormi. La société d’intégration est un échec. La liberté des Juifs se limite dangereusement. L’affirmation d’une opinion favorable à Israël devient presque un délit. Le principe sacré de la démocratie qui doit être la pierre angulaire de nos valeurs, s’effrite.
En fait, que notre pays prenne position contre Israël, que la France et les grands médias ne comprennent pas que l’agresseur n’est pas Israël, pourrait à la limite se comprendre par les pressions et le vent international anti-israélien qui souffle sporadiquement mais sûrement. Mais que nos hommes politiques et que les médias mettent sur le même piédestal Israël et un mouvement terroriste sanguinaire tel que le Hamas, il y a là une ligne morale qu’un pays démocratique tel que la France ne devrait pas franchir.
Que des antisémites crient dans la rue « mort aux Juifs » est intolérable, certes. Mais le pire est de manifester et d’entendre des mouvements politiques et syndicaux officiels appeler à rejoindre le mouvement tandis que celui-ci a été interdit. Il s’agit là d’une offense majeure à l’autorité de l’Etat. Et pourtant, aucune sanction exemplaire ni mesure de répression n’ont été prononcées...

Or, fondamentalement, un pays qui ne se donne pas les moyens de faire respecter ses propres décisions est un pays sans avenir !

Quant au conflit israélien lui-même, on critique souvent les médias d’omettre de mentionner qui viole les cessez-le-feu etc. Mais plus grave qu’un simple oubli chronologique, c’est une faute morale éclatante d’injustice qui saute aux yeux à travers les allégations mensongères et les reportages biaisés des journalistes. Quel est le pays dont la moralité condamne un acte quand il est perpétré par Israël, mais qui soudain le transforme en cas de légitime défense pour un conflit situé à quelques centaines de kilomètres d’Israël à peine ? La France, entre autres.
Où se trouve le curseur moral de nos valeurs ?
La France et les pays qui l’accompagnent ont-elles le monopole de la lutte contre le terrorisme ?


La faute morale est l’élément qui provoque chez les Juifs – et c’est parfaitement mon cas – ce sentiment de nostalgie.


Je l’assume. Je suis nostalgique d’une France des valeurs. D’un pays qui ne change pas de virer de bord en fonction d’une manifestation, qui prend conscience des dangers que notre société court en renonçant à la lutte contre l’intégrisme.

Je suis nostalgique d’une France des libertés, où marcher dans la rue avec une Kippa ne fait pas de moi une cible avec le sentiment de mettre en danger mon intégrité physique.
Je suis nostalgique d’une France qui affichait – jadis – fièrement son amour pour Israël, symbole du seul couloir étatique de toute la région, partageant les mêmes valeurs que notre devise nationale.

Portant dans mes gènes 2000 ans d’errances, de menaces, de persécutions, d’expulsions et de massacres, j’ai développé une sensibilité qui fait de moi un être particulièrement réceptif aux changements de courants... A l’image des marins qui, au nez, savent de quel côté le vent va tourner !

Notre barque « France » s’éloigne du port de la République. La nostalgie devient de plus en plus intense. Certains se sont déjà jetés à l’eau pour nager vers des eaux plus plaisantes. 

vendredi 15 juin 2012

Impuissance rabbinique ?

L’épisode chaotique des explorateurs dont notre portion hebdomadaire de la Torah fait le récit nous laisse perplexe en raison d’une interrogation majeure, qui est la suivante :
Moïse choisit des hommes sages, avertis, des leaders, des chefs de tribus, pour faire un rapport sur les habitants de Canaan, dans l’objectif de conquérir la future terre d’Israël.
Ces éminentes personnalités se mettent en route avec précaution. La Torah nous confirme d’ailleurs la piété de ces hommes en indiquant qu’ils sont instruits, religieux et fidèles à leur conviction, en un mot, casher !

La suite de l’histoire connaît néanmoins une fin bien triste, puisque ces explorateurs reviennent de leur périple avec la phrase la plus diffamatoire contre l’Éternel : « Ils sont plus forts que Lui ». Même le Tout-Puissant est faible devant la force de ces peuples, il est impossible de gagner une guerre contre eux !

Voilà qui ne manque pas de nous interpeller quant à la nature humaine : est-il possible d’être une personne exemplaire au point d’être le digne représentant du peuple – l’élu des élus – et de basculer dans les pires travers de la perversité intellectuelle ?

En fait, la Torah oriente notre compréhension lorsque les conditions initiales de la mission sont posées : il s’agit pour les explorateurs de visiter le pays d’Israël, tel que l’indique le terme utilisé en hébreu « Latour ». Il leur fallait rendre compte de la situation sur place, mais sans faire de déductions ni de recommandations quant à la stratégie d’attaque ou les chances de réussite de conquête de la terre. Ils devaient simplement décrire ce qu’ils avaient vu, faire un reportage « touristique » et se cantonner à cette mission.

Or, l’erreur fatale de ce groupe d’hommes a été de donner un avis personnel et de tirer des conclusions en terme de faisabilité du projet. Dès lors que la mission dévie de sa nature, même les plus grands peuvent tomber… L’homme fidèle et honorable d’hier est devenu en l’espace d’une réflexion interdite le porteur des blasphèmes et de la tragédie.

La Kabbale rapporte que la Terre d’Israël est le symbole de la volonté, du dynamisme de chaque individu. (Terre se dit en hébreu « Erets », qui est la racine du mot « Ratsone », la volonté).
Conquérir la volonté d’Israël signifie s’ouvrir vers l’autre afin de lui faire découvrir la profondeur de son âme et de son rôle. Et finalement, cela se révèle être la mission donnée à chaque leader, rabbin ou cadre communautaire. Nous avons le devoir de donner envie, donner envie de penser le judaïsme, donner envie de pratiquer le judaïsme ou, tout simplement, donner envie d’être fier de son identité juive.

Lorsque nous nous engageons dans cette mission de la plus haute importance, la Torah témoigne de notre intégrité et de notre capacité à remplir notre engagement.
Malheureusement, dans une situation dite quelquefois « perdue », il se peut que nous soyons tentés de déclarer forfait avec fatalité, en pensant insidieusement « Il est plus fort qu’elle ». Oui, l’homme que je cherche à convaincre est plus fort que la Torah, jamais il ne reconnaitra sa vérité ni sa grandeur, jamais il ne changera sa vie, jamais il ne voudra venir à la synagogue, etc. Ou dans une autre mesure, jamais cette communauté ne sera capable de bouger, cette terre n’est pas prenable ! Constat fatal d’une impuissance rabbinique.

Pour beaucoup, l’inférence de ce constat peut être un signe de lucidité, mais - hormis le fait que cela dépasse notre mission et notre mandat - c’est précisément ce que la Torah condamne, parce que déclarer notre désespoir, c’est en réalité invoquer une faiblesse divine. De même qu’une impossibilité divine est un oxymore, pareillement, l’impuissance rabbinique est une illusion, car nos Sages témoignent qu’« une parole sortant du cœur pénètre dans le cœur ». Somme toute, un hymne à la sincérité !

jeudi 29 décembre 2011

Religieux et délicat, est-ce possible ?


L’actualité « ultrareligieuse » israélienne n’offre pas un spectacle enviable, j’ai toujours un dégout profond pour toutes formes de violence qu’elle soit religieuse ou pas. Mais quand elle est religieuse, elle éclabousse sur les autres, même ceux qui ne partagent pas leurs opinions.
Afin de faire taire les amalgames et de démontrer que religieux ne rime pas toujours avec intolérance et fanatisme, la condamnation de ces actes va de soi, mais peut-on se contenter de dire que ce n’est pas bien ?

Sans prétendre être un expert de la situation israélienne, sans connaître l’histoire des clans qui anime l’actualité, sans analyser les motivations qui poussent les médias à ne parler que des extrêmes ou des extrémistes, alors que la société israélienne dans son ensemble est intelligente et sait vivre harmonieusement avec sa diversité de conviction ; le constat est pourtant affligeant : la violence d’une infime partie des religieux est une réalité.
Le diable dira qu’il n’y a pas d’autres moyens de réagir, que les valeurs sacrées sont violées, que l’éducation de nos enfants est en danger, que sur la Terre Sainte, la loi de la Torah doit primer ; certes, d’ici il m’est impossible de peser la pertinence de ces arguments. En revanche, ce qui ne fait pas de doute, c’est que la Torah que nous aimons tant, ne se grandit pas de ce genre d’actualité.

Pourtant il y a un autre moyen… la Torah n’est-elle pas un chemin agréable et ses voies gages de paix ? Comment auraient réagi les grands leaders des générations précédentes, ceux qui ont exprimé une affection et un amour profonds pour chaque membre du peuple juif ?

Un site internet a publié une vidéo du Rabbi de Loubavitch où l’on voit qu’il est certes possible de faire respecter les principes de pudeur de la Torah avec une délicatesse exemplaire.
Il s’agit d’un moment où le Rabbi distribue du vin de la Havdala à la sortie des fêtes… Le public y est joyeux, chante avec allégresse et puis, près du micro, une petite fille qui se trouve près de son père se met à fredonner avec lui et sa voix se fait alors entendre très clairement.
Imaginez cette scène avec des milliers de religieux, contraints d’entendre une voix de femme (d’après la loi juive, la petite fille est assez grande pour « rentrer » sous les lois de la pudeur interdisant aux femmes de chanter devant des hommes). Quelle réaction aurait-il fallu avoir ? Quitter les lieux ? Impossible, car le Rabbi était présent... La faire taire ? Certainement le plus évident, mais comment ?

La réaction du Rabbi ne s’est pas faite attendre et dans un élan d’attention et de délicatesse, il fit signe à la petite fille de taper des mains. Mais mesurant le risque d’une déception de se voir privée de chanter tandis que toute l’assemblée le faisait, le Rabbi ne se contenta pas de cela, dans un geste fort et un élan rythmique avec ses mains, il exhorta tout le public à frapper des mains et suivre cette petite fille, qui devint tout à coup le chef d’orchestre des milliers de ‘Hassidim.

Le sentiment de fierté qui envahit cette fille la marqua certainement à vie et le respect de la loi le voilà préservé !

Sommes nous capable d’allier cette délicatesse à nos actes ? De tenir compte de l’humanité et de la sensibilité d’autrui qui est un principe de base de la Torah, au moins autant important que les valeurs que nous voulons défendre.
Parce que la Torah n’a été donnée que pour harmoniser la société, s’en servir pour la diviser c’est lui faire perdre son âme. Gardons l’espoir d’un sursaut de sagesse !

vendredi 23 septembre 2011

Juifs : vous êtes des voyous !


Il y a parfois des coïncidences qui nous forcent à croire qu’elles n’en sont pas vraiment… Elles seraient plutôt un message de l’histoire pour ceux qui doivent l’écrire, et celle dont je vais vous parler est de ce calibre.
Tout le monde sait que la Bible (première législation et premier livre de l’humanité imposant les Droits de l’Homme) commence par l’épisode de la création du monde.

Or à ce sujet, les commentateurs mêlent leur logique talmudique et ne manquent pas de s’interroger : si la Bible est un livre de loi, pour quelle raison doit-elle nous raconter l’histoire de la création du monde et la Genèse de l’humanité ? Il aurait été plus judicieux de débuter par la première injonction Divine, à savoir la sanctification du début du mois.

Ainsi Rashi (1040-1105) répond : certes, selon la logique législative, cette remarque se justifie, mais ici il s’agit d’apporter l’origine et la preuve de l’appartenance du monde à un Créateur. Et s’il est important d’affilier l’univers au Créateur, c’est comme l’écrit Rashi, parce qu’un jour viendra celui qui accusera Israël en disant : « Juifs, vous êtes des voleurs, vous nous avez confisqué notre terre ! » Ce à quoi vous répondrez : « toute la terre appartient à l’Eternel, c’est par Sa volonté qu’Il vous l’a donnée et c’est par Sa volonté qu’Il vous l’a reprise pour nous la donner ».

La question et sa réponse se trouvent dans le texte évoquant le premier jour de la création (25 Eloul), qui tombe cette année le vendredi soir 23 septembre, au moment où la tribune de l’ONU accueillera un homme voulant proclamer la création d’un Etat sur des terres historiquement juives. Son argument principal est que les juifs sont des voleurs et qu’ils ont spolié ces terres – assorti d’autres revendications tout autant vaseuses.

C’est alors que nous autres juifs, mais pas uniquement, car tous les croyants du monde entier et ceux qui considèrent la Bible comme le fondement de leur foi et de leur éthique, doivent s’unir ensemble pour affirmer clairement que la Terre d’Israël appartient au peuple juif pour des raisons historiques, oui, mais également et surtout car c’est la terre qui a été donnée au peuple d’Israël.

Dire la vérité aux menteurs et usurpateurs de l’histoire, c’est se garantir de ne pas en être complice !

mardi 9 août 2011

Le 9 Av : un cadeau de nos amis !


Le jour le plus triste du calendrier juif, le 9ème jour du mois de Av fut marqué par trois événements dramatiques de notre histoire.
Le premier épisode sombre eut lieu en -1312. Le Peuple Juif était sorti d’Égypte, il croyait en D.ieu avec ferveur et pureté. Devant la Terre de Canaan, des explorateurs furent envoyés pour sonder le pays. A leur retour, ces hommes décrivirent la terre sous de bons et de mauvais angles… Comment réagir ? Fallait-il se réjouir de telles nouvelles ? Le Peuple Juif resta perplexe et devant tant d’hésitation, les « amis d’Israël » ne manquèrent pas de saisir l’occasion pour imposer leurs opinions et l’inciter à se rebeller. La méthode de séduction fut imparable: « Souvenez-vous des merveilles passées que vous avez laissées derrière vous en Égypte et cessez de rêver ! La conquête de la Terre Promise ne pourra jamais se faire, car l’ennemi est trop fort. » C’est ainsi que ce Peuple Juif, toujours à l’écoute des bons conseils de ses amis, se laissa aller plutôt que de suivre sa propre conviction, et en cette date du 9 Av, se mit à pleurer et refusa de conquérir la terre. Il le paya très cher, puisque s’en suivirent 39 années d’errance dans le désert et la mort d’une génération entière (585 000 personnes) !
Ce jour fut et restera marqué à jamais comme celui de tous les malheurs pour notre peuple. Les destructions des deux Temples de Jérusalem en -423 et en 70 sont les deux autres drames majeurs survenus le 9 Av (des catastrophes mondiales survinrent par la suite ce jour-là au cours de l’histoire).

Au fait, qui sont ces « amis » qui nous menèrent vers cette fin si funeste ?
La sortie d’Égypte avec son cortège de miracles grandioses fut une démonstration éclatante de la puissance de D.ieu, dont les prodiges et les merveilles impressionnèrent plus d’un peuple sur terre. C’est alors que de nombreuses personnes, des Égyptiens de souche, envoutés par la suprématie du D.ieu d’Israël, choisirent d’embrasser la culture juive. Pourtant, leur sincérité fut maintes fois éprouvée et s’avéra vraiment déficiente…

Quel fut l’impact de ces individus  sur le Peuple Juif ?
Le tempérament humain est tel que nous autres, êtres humains, accordons beaucoup d’estime à ceux qui adhèrent à la même croyance que la nôtre. Imaginez un instant ce peuple qui sortit d’Egypte, rejeté de tous et encerclé d’ennemis… Il porta forcément une grande admiration à ceux qui choisirent de devenir ses amis, envers et contre l’opinion générale. Cette admiration se mua bien vite en fascination et en estime, car au fond, quelle bravoure avaient ces amis en rejoignant le rang des Hébreux malgré la fronde puissante des opposants !

Le charme de ces amis commença à hypnotiser les enfants d’Israël, créant en eux une certaine fragilité. Ainsi, le jour où ils suggérèrent d’agir d’une certaine manière, même si cela était contraire aux intérêts du peuple, tous s’efforcèrent de se conformer à leurs recommandations. Or, dans la mesure où ces amis n’avaient pas la même histoire et qu’ils ne partageaient pas les mêmes préoccupations, malgré leur empathie, ils ne pouvaient que les faire glisser vers une pente néfaste. Désapprouver ses amis ou les critiquer aurait été perçu comme un affront après tant de preuves d’amitié à leur égard.

Dans le désert, les Juifs ont subi ces amis égyptiens, comme si ces nouveaux convertis étaient suffisamment inspirés pour leur donner des leçons en matière de terre sacrée. Les grandes crises qui se succédèrent furent tout autant causées par ces « amis » et, plus tard dans l’histoire, cette fascination pour des pseudo amis fut également ce qui causa la perte du Peuple Juif.

Nous trouvons une autre illustration flagrante de cette situation à l’époque de la destruction du deuxième Temple de Jérusalem en l’an 70.
La domination de l’Empire Romain sur la Judée a profondément marqué l’état spirituel du Peuple Juif. La fascination des Romains pour la culture juive, sa discipline, la sagesse de ses maîtres, sa philosophie et sa science fut à l’origine d’une grande jalousie envers les Juifs. Certains traduisirent cette envie en décidant de comprendre et d’étudier la Torah, allant même jusqu’à se convertir pour quelques-uns d’entre eux. Et la jeunesse juive crut voir dans cet intérêt l’opportunité d’un rapprochement avec les cultures étrangères au judaïsme.
Les Juifs commencèrent ainsi par fréquenter les lieux huppés de la bourgeoisie romaine, à s’assimiler à leur mode de vie et à se fondre dans la société qui les entourait. Le destin politique n’étant pas bien loin, ils accédèrent à des postes à responsabilité, au droit de gestion sur la Judée, et même sur le lieu le plus sacré du Judaïsme – le Temple – qui fut sous le contrôle de ces jeunes Juifs qui n’avaient pour seule ambition que de plaire aux yeux de l’Empereur.
Le nouvel ami romain était généreux, compréhensif et intelligent, il était naturel de lui vouer une confiance totale, car après tout, il ne cherchait que le bien des Juifs!

Ces jeunes fascinés par le pouvoir et la puissance ont permis la division du peuple et ont rendu impossible toute négociation avec l’Empire pour protéger le Temple de la destruction.

C’est alors que les enfants d’Israël héritèrent de ses amis un cadeau : la beauté du combat, l’art de la guerre, le courage pour la bataille… Néanmoins, certains avaient perdu la véritable expression de l’âme, celle qui n’a pour seule vocation que de puiser sa force dans la lignée de nos ancêtres et dans la foi profonde.

Et aujourd’hui ?
Devons-nous avoir honte de ce que nous sommes ? Renier nos valeurs ? Nos convictions ? Au nom de quoi devrions-nous refuser de défendre ce qui nous est cher uniquement pour contenter nos amis ?

Combien allons-nous accepter d’entendre avec servitude certains amis d’Israël nous donner des leçons (conseils) comme si nous étions des inconscients ou des enfants ? Où étaient-ils à l’heure de notre souffrance ? Ces amis admirent dans un sourire affable notre courage et notre force de caractère lorsque nous nous reconstruisons après tant de douleurs et de destructions, mais ce sourire séduisant n’a pour seul but que d’exercer un pouvoir sur nous le moment venu.

Retenez cette date, le 9 Av, comme celle où l’ami a exercé son pouvoir de séduction sur nous, parce qu’il nous voulait du bien.
Comme disait un ami : « Entre amis, on doit pouvoir tout se dire. » C’est fait !


Inspiré d’une lettre du Rabbi Yossef Yits’hak Schneersohn de Loubavitch
9 Av 1919